Crises et gestion de la crise alimentaire dans les pays du Sahel: Etude critique des politiques publiques et des politiques de partenariat?

RESUME DE LA THESE :

Depuis les premières années de leurs indépendances, les pays de l’Afrique subsaharienne ont été confrontés à des problèmes de développement et de sous-développement. Une équation très complexe dans laquelle s’imbriquent une panoplie de facteurs internes et externes d’ordre politique, économique, social, géopolitique, environnemental, etc… qui ont contribué à maintenir ces pays dans une situation permanente de crises plus ou moins intenses. En effet, ils font constamment face à différentes menaces dont les conséquences pour leurs populations sont des plus désastreuses.

L’une de ces menaces a trait à l’insécurité alimentaire et touche de façon récurrente les pays du Sahel à cause d’un ensemble de facteurs endogènes et exogènes qui s’entremêlent pour maintenir 40 % de leur population dans une pauvreté chronique et 10 à 15 % dans une urgence alimentaire constante.

Pour essayer de résoudre cette situation, les pays de cette région ont mis en place des politiques publiques et des politiques de coopération et de partenariat qui se sont toutefois révélées limitées pour en découdre avec l’ensemble des défis alimentaires auxquels sont confrontés ces pays.

Cette thèse, tout en interrogeant l’efficacité de ces politiques publiques et de partenariat dans le cadre d’une logique analytique et critique, a essayé de mettre en relief les modes de gestion de la crise alimentaire poursuivis par les pays du Sahel et leurs rapports dialectiques avec l’état de fait des populations affectées par cette crise.

Mots clés : Pays du Sahel, crise alimentaire, pauvreté, politiques publiques, coopération, partenariat.

ABSTRACT

Since the first years of their independence, the Sub Saharan African Countries have been confronted with development and underdevelopment problems. A very complex situation where various internal and external political, economic, social, geopolitical and environmental factors intertwine and contribute to keeping these countries in a permanent situation of intensive crisis. Indeed, they are constantly facing various threats whose consequences for their populations are most disastrous.

One of these threats relates to food insecurity, which repeatedly affects the Sahelian countries because of a set of endogenous and exogenous factors, which intertwine to maintain 40 % of their population in chronic poverty and 10 to 15 % in a constant food emergency.

To try to resolve this complicated equation, the Sahelian countries have developed public and cooperation and partnership policies. However, these policies have proven to be limited in terms of addressing all of the food challenges faced by these countries.

This thesis, while questioning the effectiveness of these public and partnership policies within the framework of an analytical and critical logic, tried to highlight the modes of management of the food crisis pursued by the Sahel countries and their dialectical relationships with the state of affairs of the populations affected by this crisis.

Keywords: Sahelian countries, food crisis, poverty, public policies, cooperation, partnership.

ملخص

واجهت بلدان أفريقيا جنوب الصحراء منذ السنوات الأولى من استقلالها مشاكل في التنمية والتخلف. معادلة معقدة للغاية تتداخل فيها مجموعة من العوامل السياسية والاقتصادية والاجتماعية والجيوسياسية والبيئية الداخلية والخارجية، والتي ساهمت بجعل هذه البلدان في حالة من الأزمات الشديدة والمزمنة. في الواقع، ان هذه البدان تواجه باستمرار تهديدات مختلفة والتي تكون عواقبها وخيمة جدا على السكان

يتعلق أحد هذه التهديدات بانعدام الأمن الغذائي الذي يؤثر بشكل متكرر على دول الساحل بسبب مجموعة من العوامل الداخلية والخارجية التي تتشابك فيما بينها لتجعل أكثر من 40 % من سكانها في حالة فقر مزمن و 10 إلى 15 ٪ في حالة مستمرة من انعدام الأمن الغذائي

لمحاولة حل هذا الوضعية، نفذت دول هذه المنطقة سياسات عامة وسياسات تعاون وشراكة التي أظهرت أنها تقتصر على خوض معركة مع جميع التحديات الغذائية التي تواجهها هذه البلدان

هذه الأطروحة، بينما تشكك في فعالية هذه السياسات العامة وسياسات الشراكة في إطار منطق تحليلي ونقدي، حاولت تسليط الضوء على نماذج إدارة أزمة الغذاء التي طورتها دول الساحل وعلاقاتها الجدلية مع حالة السكان المتضررين من هذه الأزمة

الكلمات الرئيسية: دول الساحل، أزمة الغذاء، الفقر، السياسات العامة، التعاون، الشراكة

La thèse de doctorat objet de ce rapport traite d’un phénomène socioéconomique et politique qui bouleverse la région du Sahel. Il s’agit du Phénomène de l’insécurité alimentaire. Un phénomène qui constitue l’une des plus grandes préoccupations de ces dernières décennies pour la communauté internationale en général et pour les pays sahéliens en particulier. Les défis et les enjeux qui l’entourent sont nombreux et énormes. C’est pour cette raison que l’un des objectifs fondamentaux de tout pays qui se veut indépendant et souverain, c’est d’assurer à sa population « un approvisionnement alimentaire régulier » mais aussi et surtout un accès abordable aux ressources alimentaires.

Mais force est de constater que cet idéal consistant à mettre les populations à l’abri de la faim est difficile à atteindre. En cause, des facteurs sociopolitiques, économiques, géopolitiques, sécuritaires et écologiques qui concourent à maintenir un grand nombre de populations dans une situation d’insécurité alimentaire quasi-permanente. Ce qui est le cas dans les pays sahéliens où pas moins de 10,5 millions de personnes se trouvent exposées aux risques de la famine (CICR 2022).

Ces chiffres alarmants sont devenus une réalité dans le contexte sahélien et font de cette région une sorte de laboratoire à ciel ouvert où différentes approches sont testées et adaptées au gré des évolutions, pour essayer d’apporter des solutions idoines et durables à ces crises alimentaires enracinées. D’où l’intérêt de ce sujet ;

  1. Intérêt du sujet

L’intérêt de cette thématique réside en ce qu’elle porte sur un phénomène social qui touche une région offrant la possibilité d’étudier ses effets sur une longue période. L’insécurité alimentaire n’étant pas apparue de manière brusque mais plutôt s’étant enracinée de manière progressive suite à une série de dysfonctionnements qui ont fini par la rendre « normale » malgré ses effets indésirables et insupportables.

En outre, le caractère récurrent et complexe des crises alimentaires au Sahel, la diversité des acteurs qu’elles mobilisent, le nombre des approches qui les appréhendent et les mécanismes et outils utilisés pour les gérer, font la pertinence et l’intérêt de cette thématique. C’est la raison pour laquelle notre choix s’y est porté.

  1. Délimitation du sujet

La délimitation du sujet dans le cadre d’une thèse en sciences politiques est d’une importance capitale. Car, elle permet non seulement de mettre en exergue les effets d’un phénomène social (l’insécurité alimentaire en l’occurrence) dans une zone géographique donnée (le Sahel), en s’interrogeant sur ses spécificités et sur les populations concernées, mais aussi de situer l’étude dans un time line plus ou moins long pour bien cerner les enjeux et en faire une analyse pertinente. 

Par conséquent, pour mieux appréhender notre sujet, la circonscription de son champ d’étude était nécessaire. Alors, six (6) pays sahéliens ont été retenus pour des raisons liées aux défis (exogènes et endogènes) auxquels ils font face depuis quelques décennies : il s’agit du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Tchad et du Sénégal.

Ce choix est bien évidemment loin d’être anodin. En effet, en plus d’être exposés aux divers aléas climatiques, du fait de la similitude de leurs caractéristiques géographiques, ils partagent également des traits sociodémographiques (taux de natalité élevé, jeunesse de la population, ruralité de la population…) qui en font un champ d’étude propice.

En ce qui concerne la périodicité ou le time line, l’étude s’est efforcée d’examiner les différentes approches qui ont été adoptées par les Etats pour aborder le phénomène de l’insécurité alimentaire depuis l’indépendance des pays sahéliens jusqu’à nos jours. Avec une nuance sur les grandes tendances qui ont bouleversé les paradigmes tels que les sécheresses des années 1970, le programme d’ajustement structurel, l’avènement du libre-échange et la crise sécuritaire sans précédent qui y sévit depuis 2012. Tous ces évènements ont contribué d’une manière ou d’une autre à cristalliser le phénomène de l’insécurité alimentaire dans les pays du Sahel. D’où la problématique suivante ;

  1. Problématique

L’analyse du phénomène de l’insécurité alimentaire pousse non seulement à s’interroger sur les facteurs qui l’entretiennent, mais aussi à mettre en exergue les obligations et responsabilités des Etats à tout mettre en œuvre pour assurer à leurs populations une meilleure sécurité alimentaire à travers les productions nationales et les importations facilitées par la coopération et la libéralisation. Mais en considération de toutes les implications de ces voies de recours pour approvisionner et donner accès aux denrées, une problématique se dégage :

Dans quelle mesure le phénomène de la crise alimentaire, enraciné dans les pays du Sahel, avec tous les défis socioéconomiques, environnementaux et politiques qui l’entourent et toutes les crises structurelles et conjoncturelles y afférentes, constitue-t-il l’une des grandes variables qui structurent les politiques publiques de ces pays, et les politiques de partenariats régionales et internationales dont les configurations sont largement façonnées par des intérêts stratégiques nationaux et internationaux des Etats qui interviennent dans cette région du monde ?

  1. Hypothèses du travail

Pour traiter de cette problématique trois hypothèses ont été émises :

  • Hypothèse 1 : L’enracinement et la cristallisation de l’insécurité alimentaire dans les pays du Sahel sont le fait d’un ensemble de facteurs exogènes et endogènes (les crises sécuritaires, l’extrême pauvreté, les aléas climatiques…) qui ont un impact sur les capacités productives des populations et entravent les efforts des pays à en découdre ;
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  • Hypothèse 2 : Le phénomène de l’insécurité alimentaire est enraciné dans cette région parce que les politiques publiques axées sur la gestion des crises alimentaires, souvent édictées par les grandes instances internationales se montrent inopérantes ;
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  • Hypothèse 3 : Les crises alimentaires ont tendance à se maintenir parce que les mécanismes et stratégies découlant des partenariats régionaux et internationaux, censés renforcer les capabilités et la résilience à travers une approche inclusive et multi-actions ne produisent pas les résultats escomptés.
  • Méthode de recherche

Pour appréhender notre sujet, deux méthodes de travail ont été privilégiées afin de mieux cerner les contours de la problématique. Il s’agit d’une analyse systémique, déduite d’une recherche documentaire approfondie et d’une recherche empirique ayant conduit à une enquête de terrain.

L’analyse systémique a été choisie parce qu’elle est idéale pour la compréhension des dynamiques sociopolitiques et pour l’analyse des facteurs déterminants l’insécurité alimentaire. Elle permet également de faire une étude critique des politiques publiques et de partenariats en faisant ressortir les exploits et les écueils.

Pour ce qui est de l’approche empirique, et donc l’enquête de terrain, la nature sociologique de la thématique l’avait exigé. Ainsi, un échantillon d’environ 200 personnes (tous profils confondus) a été approché, suivant les méthodes d’entretiens (directs et semi-directs) dans quatre pays (Niger, Mali, Burkina Faso, Sénégal) entre 2020 et 2021. Ceci dans l’optique de recueillir des informations qualitatives sur les impacts de l’insécurité alimentaire dans ces pays ainsi que sur leurs mécanismes de gestion des crises alimentaires.

  • Posture épistémologique

Pour mener à bien notre étude, nous avons situé nos réflexions dans une double approche. L’une portant sur les travaux d’Amartya K. SEN sur les « capabilités » et donc sur la facilitation d’accès aux nourritures et le renforcement de la résilience des ménages et, l’autre axée sur la dépendance des pays en développement vis-à-vis des aides publiques et du système économique international basé sur la culture du libre-échange (Economie du Marché).

En ce qui concerne l’approche par les capabilités, elle fait partie des approches économiques les plus utilisées pour étudier les diverses causes de la faim. Elle a été conceptualisée par Amartya K. SEN dont l’argumentation repose sur l’idée que l’augmentation des productions et des disponibilités alimentaires ne détermine pas véritablement la sécurité alimentaire pour la simple raison que c’est la redistribution des denrées qui est problématique, du fait de l’accès limité des populations les plus vulnérables. Selon cette conception, l’insécurité alimentaire est davantage liée à l’inégalité de distribution et d’accès qu’au manque d’approvisionnement. La pauvreté est donc une variable déterminante. Elle est au centre du problème de l’accès à une alimentation adéquate.

Quant à l’approche de la dépendance, elle dénonce l’existence d’une asymétrie de pouvoirs entre le « centre » et la « périphérie ». Le centre de ce système de dépendance étant le lieu où sont prises les décisions les plus importantes et la périphérie entendue comme le lieu de la production primaire du travail (matières de base). C’est ainsi que les pays du Nord s’arrogent les moyens d’exploiter ceux du Sud pour assurer leur croissance économique. L’objection à cette approche est l’iniquité mondiale générée par ce système entre les pays développés et les pays sous-développés. 

Les défenseurs de cette approche tels Raul PREBISCH et Samir AMIN, postulent que le « sous-développement » du tiers-monde n’est pas le résultat d’une arriération de cette partie de l’humanité, mais le produit moderne de l’expansion capitaliste mondiale depuis le XV° siècle. Ils mettent en évidence la responsabilité causale du système international dominant dans la pauvreté mondiale. Ils reprochent aux États riches de manœuvrer ce système international de sorte qu’il soit fondamentalement favorable à leurs intérêts nationaux respectifs.

  • Structuration de l’étude

Le développement de nos idées dans le cadre de ce travail a nécessité l’élaboration d’un plan tripartite.

Dans un premier temps il a été question d’appréhender le phénomène de l’insécurité alimentaire, en tant que défi planétaire requérant une approche holistique tant ses causes sont multiples et impacts désastreux.

Ainsi, tout en essayant de retracer l’évolution historique du concept de sécurité alimentaire, cette partie identifie les variables essentielles et les facteurs qui déterminent et aggravent le phénomène de l’insécurité alimentaire au Sahel ainsi que l’impact de ce dernier pour les populations de la région. Le premier chapitre s’articulant sur les facteurs explicatifs de l’insécurité alimentaire en tant que phénomène social complexe et le second examinant les impacts et les effets de l’insécurité Alimentaire sur les populations sahéliennes.

Il ressort de cette analyse que les facteurs aggravants se déclinent sous forme de causes conjoncturelles, structurelles et hybrides dont les conséquences sur les dimensions de la sécurité alimentaire nutritionnelle (la disponibilité, l’accès, l’utilisation et la durabilité) sont inextricablement saillantes. Ils agissent fortement sur les capabilités des ménages sahéliens à se nourrir, et rendent les pays de la région dépendants de l’extérieur. C’est en comprenant ces ramifications qu’il devient possibles d’agir sur leurs impacts et donc de mettre en place des politiques de riposte.

C’est ainsi que la deuxième partie de l’étude s’est donnée comme mission d’explorer les instruments et mécanismes élaborés par les pays de la région pour les aider à réduire les effets de ces crises récurrentes à défaut d’en éviter les survenances.

Il s’agit d’un ensemble des politiques publiques agroalimentaires mises en œuvre par tous ces pays au gré des circonstances pour renforcer leur stabilité stochastique et améliorer l’approvisionnement. En tirant des enseignements des différentes crises et en adaptant leurs approches par rapport aux évolutions des paradigmes au niveau international.

Par conséquent, si le troisième chapitre s’est penché sur l’évolution des politiques publiques agro-alimentaires au Sahel ainsi que les bouleversements qui ont présidé leur élaboration et leur mise en œuvre, avec une analyse nuancée de celles qui sont en vigueur, le quatrième a mis l’accent sur une critique analytique portant sur les atouts et les limites de ces dernières du point de vue promesses et réalisations.

A la lumière des analyses faites de ces politiques publiques, il ressort qu’elles comportent énormément de limites étant donné que malgré leur constante adaptation, elles ont du mal à en découdre avec les crises alimentaires dans cette région. C’est pour cela que la coopération avec les Partenaires Techniques et Financiers apparait comme alternative supplémentaire pour s’attaquer aux problèmes de développement structurel et au renforcement des capacités des pays de la région à s’en sortir sur le long terme.

La troisième partie porte donc logiquement sur les politiques de coopération et de partenariat. Celles-ci s’avèrent nécessaires pour relever les défis de la sécurisation alimentaire dans la région sahélienne. Ces politiques de partenariat privilégient des actions préventives pour éviter la survenance des crises, mais aussi des réponses réactives pour la gestion de leurs effets. Leurs initiatives sont en grande partie axées sur les racines structurelles de ce fléau (pauvreté extrême et inégalités sociales, mauvaise gouvernance), le développement Agricole, la sécurité civile et de réduction des effets néfastes du dérèglement climatique.

 Le cinquième chapitre, tout en mettant en évidence les projets des partenaires internationaux et des organisations régionales, censés renforcer les capacités des pays du Sahel, s’attarde sur leurs réels impacts pour les populations. D’où le regard critique porté par le sixième chapitre sur les apports de ces projets et sur les enjeux qui les entourent.

A la lumière des analyses des politiques des partenariats et de leurs impacts, l’on peut considérer que leurs rôles dans le renforcement de la résilience et des capabilités au Sahel sont déterminants, même si l’objectif recherché est que les pays sahéliens puissent se débrouiller seuls ou tout au moins devenir moins dépendants de l’aide extérieure, dans un avenir proche. Toutefois, il est lieu de préciser que leurs impacts sur les crises alimentaires et le sous-développement restent mitigés, d’où la vitalité de repenser le système de façon structurelle.

  • Conclusion

A la lumière des éléments développés dans le cadre de cette étude, qui a exploré en profondeur le phénomène de l’insécurité alimentaire dans les pays du Sahel, il ressort que les crises alimentaires sont enracinées et continuent d’affecter les populations vulnérables de manière récurrente dans cette région. Différents facteurs peuvent expliquer cet enracinement et remettent en question les capacités des Etats à y faire faire malgré tous les efforts consentis dans ce sens.

La première partie de cette thèse a porté sur la contextualisation de la problématique. Nous y avons examiné les causes structurelles et conjoncturelles des crises alimentaires et nutritionnelles dans la région sahélienne, notamment la pauvreté, les changements climatiques, les conflits et les crises économiques. Nous avons également analysé les initiatives et dispositifs de réponse aux crises alimentaires, leurs réussites et leurs limites, ainsi que les programmes de développement à long terme qui visent à renforcer la résilience des populations face aux chocs alimentaires.

Dans la deuxième partie, nous avons procédé à l’analyse des politiques publiques mises en œuvre dans les pays sahéliens pour faire face aux crises alimentaires. Nous avons analysé les paradigmes ayant présidé à leur élaboration tout en identifiant leurs différentes lacunes, notamment leur manque de coordination, de financement et de mise en œuvre. Nous avons également constaté que certaines politiques étaient plus efficaces que d’autres pour faire face aux crises alimentaires. Par exemple, les politiques de protection sociale sont plus efficaces pour lutter contre la pauvreté et améliorer l’accès à la nourriture pour les populations vulnérables.

Dans la troisième partie, nous avons examiné les politiques de partenariat mises en place pour renforcer la résilience des populations sahéliennes et répondre aux crises alimentaires. Ces politiques de partenariat entre les États et les organisations régionales et internationales, les organisations non gouvernementales, bien qu’ayant permis de mobiliser des ressources supplémentaires pour faire face aux crises alimentaires et contribué à renforcer la résilience des populations sahéliennes dans une certaine mesure ont montré certaines limites, notamment leur manque de coordination et de prise en compte des réalités locales ainsi que leur profond attachement aux intérêts stratégiques des acteurs qui les portent.

Au vu des résultats mitigés de ces politiques publiques et de partenariat et de l’acuité du phénomène de l’insécurité alimentaire dans les pays du Sahel, il est primordial de préciser que la résolution des problèmes de la sécurité alimentaire ne peut réussir étant donné l’importance des enjeux et des défis à relever sans la capacité de développer un ensemble d’actions :

  • aider les Agriculteurs à se moderniser et à faire face aux effets du réchauffement climatique ;
  • mener des opérations sécuritaires d’envergure pour sécuriser la région et relancer l’économie de ces pays en soutenant sérieusement l’entreprenariat des jeunes et l’autonomisation des femmes ;
  •  réduire la dépendance du Sahel vis-à-vis de “ses partenaires”. Car après tout, c’est bien le fait de compter constamment sur l’appui des autres qui finit par avoir raison des possibilités d’autosuffisance et d’indépendance effective ;
  • œuvrer à l’indépendance et à la souveraineté alimentaire les pays sahéliens ;
  • mobiliser toutes les sphères dirigeantes et assises décisionnelles ainsi que tous les autres acteurs publics et privés susceptibles pour contribuer à la gestion des crises pendante et au demeurant, à la mise en place de systèmes plus forts, plus performants et mieux outillés pour appréhender les prochaines incertitudes.

Bien évidemment le concours des partenaires techniques et financiers est indispensable au stade actuel des choses, mais le but recherché à travers le regain de l’indépendance c’est d’être en mesure à plus ou moins long terme de se prendre en charge et d’être les maîtres de nos destins et permettre aux générations futures d’être à l’abri des famines.

Car comme le dit si bien le prix Nobel d’économie, Amartya Sen : « développer, c’est libérer les gens afin qu’ils soient eux-mêmes capables de formuler et de réaliser leurs aspirations ».